Un bien chouette trip', qui a commencé dès la Bretagne. Passage par Lorient, Batla a un contact de quelqu'un qui aurait participé au design des ailes de kite qu'a utilisé Anne Quéméré (je peux me tromper) pour la traversée de l'Atlantique. C'est toujours l'occasion de prendre un pot sur un bateau, ça me rappelle des souvenirs d'enfance !
Prochaine étape : Deauville !
On y est reçus par Julien Hartin, qui prépare une transat en mini, tiré par une Liberty kite.
C'est une photo d'un autre jour, mais là, visuellement, il me semble qu'on avait 3 fois plus de toile en gros...
Et reçus royalement par le yacht club de Deauville, et Éric son président. La très grande classe

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Le bateau de Julien a un petit mât pour pouvoir déployer la voile sans qu'elle touche l'eau, avec un système astucieux de descendeurs d'escalade, qui déploient au fur et à mesure des lignes qui se prennent sur le bord d'attaque. Et un grand tangon (sur la photo, le tangon est remonté pour le pas taper le quai, sinon il est à l'horizontale), tangon qui permet d'écarter les deux lignes de l'aile, et donc de la maintenir stable sans besoin d'auto pilote complexe. Quand l'aile part trop vers le bas vers l'avant, ça tire la ligne qui est attachée à l'arrière du bateau, quand l'aile remonte trop ou repart vers l'arrière, ça tire sur la ligne qui passe par l'avant du tangon.
Et tout un système pour pouvoir faire les changements de bord.
Batla est plus familier que moi des Liberty kite, il embarque avec Julien sur son bateau, et moi je suis dans le zod' de sécu, piloté par Éric. On tracte le bateau qui n'a pas de moteur, l'on passe le chenal de sortie de Deauville... Aie, y a un bon 20 nds, 1m50-2m de houle assez courte, je sens que ça va être propice à la casse... Le plan est tout de même de sortir 50m²

! Et vu les conditions Gerbotron 3000©, ça me saoulerait de vomir devant tout ce beau monde !
Julien réussit à gréer et le bateau part fort au travers, avec des beaux surfs, et depuis la sécu, je trouve que ça va vite. Comme l'aile est stable, Julien part à l'intérieur régler un truc, Batla barre et le bateauau surf dévente un peu la voile, faut soit la piloter (avec un winch), soit lofer, pour la faire remonter. Elle touche l'eau, le bateau continue à avancer... Ils la récupèrent, et après une remise en remorque, ils la redéploient même ! Franchement, dans ces conditions de vague, j'y croyais pas du tout. Quelques erreurs dans la manip', et le bateau est en pleine mise au point, donc avec 50m² dans un bon 20 nds et de la houle qui tape, le re-départ sera de courte durée, une sous-barbe du tangon été plus faible que le reste.
Au débrief dans le Yacht club (

), Julien a le sourire : les perfo sont à certaines allures, 30-50% au-dessus des mini 6.50 classiques, donc c'est une question de fiabilisation.
Ça se passera dans un autre post, mais pour ceux qui souhaitent venir, il y a une conviviale kiteboat qui se prépare à Deauville du coup, les 4 et 5 Octobre 2025.
Suite des nav' à Almere, chez Peter Renssen, qui a développé les Kite-Tender, et est venu aux diverses conviviales de l'IKIFF, l'asso de kiteboat. Le premier jour, on sort la r1v2 de 17m², dans un vent que j'ai du mal à juger. Disons 10-15 nds au moment de décoller...
On explore une petite partie du plan d'eau avec Batla, le Kite-Tender file, au planning tout le temps, la r1 n'a pas besoin d'être travaillée ni trop bordée, elle est agréable en barre, ça cap bien... Le bateau aussi est léger à la barre, au près pas trop serré il reste au planning, et peut alors se barrer avec le stick juste pincé entre le pouce et l'index, très sensible, le moindre centimètre, et ça embarde.
Sur les jibes serrés, le barreur peut même s'auto éjecter

, en se mettant trop de G. L'on intègre alors les conseils que Peter nous rassène : le barreur doit changer de position, et se mettre dans la position du futur bord, avant le jibe.
Et au retour à l'abattée, le vent a encore pris des tours... Dans un coin de ma tête, je me demande ce qu'on va faire avec les 17m² en 50 mètres de lignes dans 20 nds une fois qu'on voudra poser, le reste de la tête est dans le kiff.
L'étrave, le puits de dérive, la carène, tout le bateau sauf les 50 derniers centimètres sont en l'air, on est plus qu'au planning, et on vole de vagues en vagues. Je me fais la réflexion que j'ai jamais ressenti ça, même sur des bateaux à moteur puissants. En plus, jamais on tape : après avoir décollé d'une crête, le bateau est sustenté, il retombe pas, il tape pas, tout juste on retouche une autre crête, une ou deux vagues plus loin, sans la sentir... On n'a pas le speedo, mais d'après les bruits de dérive et le comportement du safran, Peter nous dira que ça correspond à 24-25 nds. Ça trace !
Je m'accroche au pilotage du bateau, qui demande aussi de pas mal regarder l'aile. Le barreur doit lofer ou abattre en fonction de la position de l'aile (pour retendre les lignes, ou éviter un shoot de puissance), donc le pilote de l'aile définit pas mal où le barreur doit aller, et c'est par contre le barreur qui a un peu de bande passante d'attention pour surveiller le plan d'eau... C'est donc un vrai travail d'équipe. Bref, je regarde l'aile, et alors que ça faisait bien dix minutes que je me disais qu'on allait tout péter, je vois plusieurs caissons centraux au bord de fuite, qui ont lâché. L'aile perd de la pression et part à la baille, on se met un petit chavirage avec Batla, qui part à l'eau en tirant la sécu de l'aile, qui est resté connectée au bateau. Je remonte à bord, redresse le bateau, demande à Batla de larguer son leash pour avoir une chance de récupérer l'aile (grosse connerie de ma part, j'aurais dû attendre qu'il remonte à bord), puis le bateau revenu à plat, ça repart fort, l'aile a redécollé,... Je crois que je m'en remets une à moitié, mais réussit plus ou moins à rester accroché au bateau, à le remettre à plat, l'aile est restée en l'air.. J'ai parcouru un max de distance, et remonte lentement au près, aile proche du zénith, bordée juste ce qu'il faut pour qu'elle ne soit pas trop sensible au manque de pression dû aux caissons déchirés. Je repasse deux fois un peu trop vite sous Batla, puis quand j'arrive mieux sur lui, cap plus serré et moins de vitesse, l'aile ferme. Juste avec la dérive, je vais plus vite qu'il ne peut nager. Aile qui a perdu de la pression, conditions fortes : j'arriverai pas à redécoller l'aile, et c'est Peter qui viendra récupérer Batla, puis moi qui pack l'aile, avec un zod'.
Donc petit point sécu..
Le lendemain, c'est atelier remise d'un blader vrillé, d'une 23 ou 25m² d'ArmorKite :
Boudin géant, ouverture fermeture éclaire minuscule (à peine un poignet fin), 6 lattes en one pump, un enfer... L'idée de base était que le BA était monté à l'envers, mais ce n'est qu'une fois sorti, que l'on comprend que vu les espacements non symétriques des valves, c'était impossible. J'aurais dû le piger avant de tout démonter

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Bref, on remonte, et malgré 7 fils d'ariane posés au fut et à mesure, on en ch*e comme pas possible (on emmêle à l'intérieur du fourreau les fils d'ariane de chaque valve pour qu'elles retrouvent les sorties de one pump),.... On galère mais on y arrive, la cause racine est analysée : en fait, il fallait juste un bon massage. Plein de massages plus tard, victoire

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Check que tout soit en place, que la fermeture éclair soit fermée, que les scratch des extrémités de fourreaux soient refermés, grande joie, dernier pompage des 25m²...Et...La montagne russe émotionnelle sera de très courte durée, et la chute très lourde : je mets le dernier coup de pompe.. J'entends un scratch qui s'ouvre... Et *BLAM*.. Rah pu-tain

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Bon, deux ailes en deux jours, bien, bien.. Aller, on va naviguer. Au menu du jour, ça sera Core XR en 19.
Étonnamment, ça se tient bien, y compris au décollage à pieds. À part ce côté doux qui m'étonne, aile sans surprise, facile. On remercie la butée de B/C avec Batla. Jusqu'ici, on avait jamais osé l'utiliser en kiteboat, mais comme on commence à bien connaître les réactions du bateau, et à charger plus, ça le fait.
Comme le dit Batla, on apprend aussi à enchaîner les tacks, les jibe downloop, et les descentes 3/4 arrière, avec loop enchaînés. Ce qui permet de revenir à un petit point sécu : je fais remarquer à Batla qu'il peut dévriller en tournant au-dessus du chicken. Ça marche une fois, deux fois, puis *

* pioooouuuu-plouf, plus de Batla, téléportation instantannée ! Tiens, plus d'aile non plus

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Aaaah oui, c'est un largeur Core des années où fallait les tourner pour que ça largue ! M'en souvenais plus, mais là, ça revient d'un coup

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En tournant pour dévriller, Batla a largué, le chicken s'est donc décroché du bateau, et il s'est retrouvé avec 19m² dans 15-20 nds (plus la vitese du bateau) bordé à fond en déhooké. Heureusement qu'il n'y avait pas d'obstacle sur le pont... Ça, je crois que c'est une des points primordiaux en kiteboat : si t'as la barre ou un système de pilotage dans les mains, faut vraiment qu'il y ait aucun obstacle sur le bateau. C'est pas la première fois qu'on prend ce genre de vol plané.
Et quand tu perds ton pilote et l'aile associée, bah des rames, ça peut être pas mal, aussi

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Les autres jours, on passe surtout sur une North Dyno 18.
Assez légère, très fine pour un boudin, elle me fait revoir ma théorie, selon laquelle en kiteboat, le fond de puissance importerait plus que la finesse. Bon, déjà, le plaisir de pilotage, et le cap, avec la r1v2 17m² avait mis à mal cette théorie, mais d'un autre côté, j'avais tout de même aussi remarqué que dans le light, la r1 allait trop vers l'avant, et perdait de la traction. Et puis, on avait déjà mis des misères avec une bandit 17, à un caisson 19, avec deux Kite-Tender dont les équipages étaient égaux en compétences et gabarits.
La Dyno est en tout cas plus agréable que la Core, elle va plus loin en bord de fenêtre donc ça cap mieux, mais on a tout de même de la puissance pour avancer, et on se crée des bonnes vitesses. Doit falloir de la finesse, mais avec un bon fond de puissance, ou alors, c'est juste qu'il faut la bonne fourchette de finesse, ni trop ni trop peu, avec la Core et la R1 aux deux extrêmes.
On profite des conditions variables, sous le vent des éoliennes qui créent des rotors, pour peaufiner (et re-découvrir) le redécollage 5 lignes :
La 5ème en kiteboat, c'est très cool, voir vraiment nécessaire. Là, on a redécollé dans 8-10 nds. Le tout quand elle est sur l'extrados, bord d'attaque sous le vent, comme sur la photo, ça a été de lui faire reprendre le vent sur les deux oreilles, oreilles à l'envers. Là, en la titillant, c'est possible de faire porter une oreille, et que l'aile se retourne alors en meilleure position, bord d'attaque sur l'eau, intrados vers nous, bord de fuite en l'air. De là, avec la 5ème, c'est facile de la faire basculer un peu sur le dos, puis pivoter pour redécollage.
On se fera une chouette nav', avec des bons morceaux à bloc :
Et retour "aile sèche", dans pas grand chose. Elle tient pas mal en l'air

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Fin du séjour avec tentative d'une dernière sortie avec la r1 réparée, mais c'est vraiment trop light. L'aile tombera quelques dizaines de mètres plus loin, et on se prendra pas mal de bulles thermiques, avec multiples inversions du sens du vent.
Et gonflage de la 25 et son blader réparé, ça fait plaisir :
Un très chouette séjour sur les terres de Peter, des grosses sensations sur le Kite-Tender, du partage avec tous, la découverte de Julien et son bateau... Une belle édition, et la prochaine à Deauville promet bien aussi !